𝄞 Biographie
Alexandre Scriabine naît à Moscou en 1872, dans une famille de la petite noblesse — son père est diplomate, sa mère pianiste meurt l'année suivante de tuberculose. Élevé par une grand-mère et une tante, il étudie le piano dès l'enfance et entre au Conservatoire de Moscou, où il est camarade de promotion de Rachmaninov. Les deux y restent rivaux amicaux, Scriabine partageant avec lui la grande médaille d'or en piano en 1892.
Sa première période, jusque vers 1903, est ouvertement chopinienne : préludes, mazurkas, études, deux sonates. Puis l'écriture évolue rapidement. Scriabine s'intéresse à la théosophie de Madame Blavatsky, puis à diverses doctrines ésotériques. Il imagine la musique comme un véhicule vers un état de conscience supérieur. Le Poème de l'extase (1908) puis Prométhée, le Poème du feu (1910) intègrent, pour le second, une partie de « clavier de lumières » censée projeter des couleurs sur l'auditoire — la pratique n'a presque jamais été réalisée comme il le souhaitait.
Pour le piano seul, il laisse dix sonates qui suivent cette évolution : les premières post-chopiniennes, les suivantes (à partir de la Cinquième) sans armure de clé, basées sur ce qu'on appellera « l'accord mystique » — un empilement de quartes augmentées et justes qui sert d'axe harmonique. À cela s'ajoutent près de cent préludes, vingt-quatre études, des poèmes, mazurkas et impromptus.
Son projet ultime, le Mysterium, devait être une œuvre totale exécutée dans l'Himalaya pendant sept jours, mêlant tous les arts pour provoquer la fin et la renaissance du monde. Il en restait quelques esquisses à sa mort.
Il meurt à Moscou en avril 1915, à quarante-trois ans, d'une infection foudroyante d'un furoncle à la lèvre. Sa cote a fluctué : adulé en URSS pour son orientalisme et son extase prolétarienne réinterprétée, plus discret en Occident, il revient au répertoire des grands pianistes depuis les années 1980.