𝄞 Biographie
Bedřich Smetana naît en 1824 à Litomyšl, en Bohême, alors province de l'Empire d'Autriche. Son père, brasseur du château comtal des Waldstein, joue du violon en amateur ; Bedřich a un instrument à cinq ans et donne son premier concert public à six. Il étudie ensuite à Prague, où il s'installe en 1843. Cette même année, il devient professeur de musique chez le comte Léopold Thun, l'une des grandes familles nobles tchèques.
L'agitation politique de 1848 — révolutions européennes, soulèvement nationaliste à Prague — le marque. Il compose des chants révolutionnaires et participe brièvement aux barricades. Le mouvement échoue, l'ordre autrichien est rétabli, mais la cause d'une culture tchèque autonome est lancée.
En 1856, faute de perspectives à Prague, Smetana part à Göteborg en Suède, où il dirige pendant cinq ans la société philharmonique locale et compose plusieurs poèmes symphoniques d'inspiration lisztienne. Il rentre à Prague en 1861, dans un contexte plus favorable — l'empereur ayant accepté certaines concessions culturelles aux Tchèques. Il y devient chef de l'Opéra Provisoire tchèque, premier théâtre national à Prague, et y compose ses opéras en tchèque : La Fiancée vendue (1866), Dalibor (1868), Libuše (composé 1869-1872, créé seulement en 1881 pour l'inauguration du Théâtre National), Les Deux Veuves (1874), Le Baiser (1876), Le Secret (1878), Le Mur du diable (1882). La Fiancée vendue est devenue l'opéra national tchèque par excellence.
À partir d'octobre 1874, Smetana devient sourd brutalement — en quelques semaines. Il démissionne de l'Opéra et se retire à la campagne chez sa fille. Pourtant, c'est dans la surdité totale qu'il compose son chef-d'œuvre orchestral : Má vlast (Ma Patrie), cycle de six poèmes symphoniques (1874-1879) dont le second, Vltava (La Moldau), est devenu l'une des pages les plus jouées du répertoire orchestral.
Pour le piano seul, Smetana laisse une production substantielle souvent ignorée : trois recueils de Danses tchèques, des Polkas (il en a publié plus de quinze), les Rêves Op. 27, des études comme Sur le rivage marin. Son écriture pianistique a hérité de Liszt et de Chopin, mais elle est plus directe, plus dansée. Sa santé mentale s'effondre dans les dernières années, et il meurt en mai 1884 à l'asile d'aliénés de Prague, dans des conditions qui ont conduit la plupart des historiens à un diagnostic rétrospectif de syphilis tertiaire.