𝄞 Biographie
Carl Philipp Emanuel Bach naît en 1714 à Weimar, deuxième fils survivant de Jean-Sébastien Bach et de sa première femme Maria Barbara. Il a pour parrain Georg Philipp Telemann, ami de la famille, dont il porte les deux prénoms. Il grandit à Köthen puis à Leipzig, dans la grande maison Bach où passent des dizaines d'élèves et collaborateurs musicaux. Son père lui donne toute sa formation musicale ; à côté, il fait des études de droit à Leipzig puis à Francfort-sur-l'Oder, conformément à un usage de la haute bourgeoisie protestante de l'époque.
En 1740, à vingt-six ans, il entre au service du jeune Frédéric II de Prusse comme claveciniste de la cour à Berlin. Il y restera presque trente ans, accompagnant le roi flûtiste dans ses concerts privés du soir. La position est prestigieuse mais frustrante : Frédéric, conservateur en musique, n'aime pas les audaces harmoniques que C.P.E. développe. La rémunération aussi reste médiocre.
En 1768, il succède à Telemann (son parrain, qui vient de mourir) comme directeur de la musique des cinq églises principales de Hambourg. Il y restera jusqu'à sa mort en 1788. Le poste lui donne enfin une indépendance créative et un public.
Le catalogue Wq (Wotquenne) recense plus de 800 œuvres. Pour le clavier — clavecin et de plus en plus pianoforte —, il laisse plus de 200 sonates, dont les six recueils des Sonates pour connaisseurs et amateurs (1779-1787) qui couvrent toute son évolution stylistique. Les Sonates prussiennes (1742) et Sonates wurtembergeoises (1744) marquent sa jeunesse berlinoise.
Surtout, il publie en 1753 et 1762 son Essai sur la véritable manière de jouer les instruments à clavier, traité en deux parties qui restera la référence européenne sur la technique et l'ornementation pendant tout le tournant XVIIIe-XIXe. Haydn, Mozart et Beethoven le lisaient et l'utilisaient.
Le style empfindsam (« sensible ») que C.P.E. développe — contrastes brusques, modulations inattendues, ruptures rythmiques — fait le pont entre le baroque de son père et le classicisme viennois. Mozart aurait dit qu'il était « le père » et que tous les autres étaient les fils.
