𝄞 Biographie
Enrique Granados naît en 1867 à Lérida, en Catalogne. Son père, militaire d'origine cubaine, meurt jeune. Granados étudie le piano à Barcelone avec Joan Baptista Pujol, puis à Paris dans l'entourage de Bériot — sans diplôme officiel du Conservatoire, qu'il n'aurait pas pu intégrer dans les délais. À son retour à Barcelone vers vingt-deux ans, il y vit comme pianiste, professeur et compositeur, dans une vie matérielle souvent précaire malgré sa réputation.
Sa première célébrité vient des Doce Danzas Españolas (1890), recueil de douze danses qui mêlent éléments folkloriques et formes savantes — La Danza n° 5, dite « Andaluza », est encore l'une des pièces les plus jouées du répertoire espagnol pour piano. Suivent une période d'opéras (peu joués aujourd'hui) et une activité d'enseignement intense à Barcelone, où il fonde en 1901 son Académie qui deviendra l'Acadèmia Granados.
Son chef-d'œuvre pour piano est Goyescas (1911), suite en deux cahiers inspirée par les tableaux et tapisseries de Goya. L'écriture y atteint une plénitude qui rappelle parfois Schumann ou Chopin, mais transposée dans un climat castillan. La Maja y el ruiseñor, l'une des pièces du recueil, reste un sommet de l'écriture pianistique espagnole. Granados en tire un opéra, Goyescas, créé au Metropolitan Opera de New York en janvier 1916.
C'est ce voyage à New York qui lui sera fatal. De retour en Europe en mars 1916, lui et sa femme embarquent à Liverpool sur le Sussex, paquebot reliant Folkestone à Dieppe. Le 24 mars, en pleine Première Guerre mondiale, un sous-marin allemand torpille le navire dans la Manche. Granados, qui aurait pu se sauver, plonge pour tenter de récupérer sa femme — ils se noient tous les deux. Il avait quarante-huit ans.
Le reste de son œuvre pour piano comprend des Valses poéticos, El Pelele (transcription pour piano d'un tableau de Goya déjà présent dans Goyescas), et de nombreuses pièces enseignantes encore au répertoire pédagogique.