𝄞 Biographie
Isaac Albéniz naît en 1860 à Camprodon, en Catalogne. Sa précocité au piano relève du roman : selon les souvenirs familiaux, il joue en public à quatre ans, fugue de chez lui à neuf, traverse l'Espagne et embarque clandestinement pour Porto Rico, jouant dans les salons pour payer son passage. Une partie de ces aventures est vérifiable, une autre relève de la légende familiale qu'il entretenait lui-même.
Il étudie à Bruxelles, puis brièvement avec Liszt à Weimar et Rome (la rencontre est attestée, mais l'ampleur des cours reste discutée), enfin avec Felipe Pedrell à Barcelone. C'est Pedrell, défenseur d'un nationalisme musical espagnol enraciné dans le folklore, qui oriente Albéniz vers l'écriture nourrie de Castille, d'Andalousie, de Galice.
Sa première carrière est celle d'un pianiste virtuose. Il vit beaucoup à Londres dans les années 1890, où il s'engage avec le banquier mécène Francis Money-Coutts dans un contrat singulier : Money-Coutts finance sa carrière à condition qu'Albéniz mette en musique ses propres livrets d'opéras anglais. Trois opéras résultent de ce pacte — peu joués aujourd'hui — dont Pepita Jiménez (1896).
Le sommet de son œuvre pour piano est la suite Iberia, douze pièces en quatre cahiers composées entre 1905 et 1909. Chaque pièce évoque une ville ou une danse — Évocation, El Puerto, Triana, Lavapiés, El Albaicín. La virtuosité y est extrême et l'écriture pianistique d'une densité que peu d'œuvres de l'époque atteignent. Debussy admirait beaucoup le recueil et l'aurait étudié de près.
Avant Iberia, Albéniz avait écrit des pièces plus simples qui restent au répertoire populaire : la Suite Española Op. 47 (1886) avec Asturias (Leyenda), Granada, Cataluña. Asturias est plus jouée aujourd'hui à la guitare classique qu'au piano pour lequel elle a été écrite — un paradoxe de transmission.
Il meurt en mai 1909 à Cambo-les-Bains, dans le Pays basque français, d'une maladie de Bright (atteinte rénale).