𝄞 Biographie
John Field naît en 1782 à Dublin, dans une famille modeste — son père est violoniste de théâtre. Le grand-père Field, organiste, lui donne ses premières leçons. À onze ans, il joue déjà en public à Dublin. La famille s'installe à Londres en 1793, et le jeune Field y devient l'élève privilégié de Muzio Clementi, qui prend en charge sa formation pianistique et son entretien — Field servant en retour de démonstrateur des pianos Clementi dans le magasin.
Field accompagne Clementi en 1802 dans une tournée européenne qui les mène à Paris, Vienne, puis à Saint-Pétersbourg. À la fin de la tournée, Field choisit de rester en Russie. Il y vivra le reste de sa vie, partagé entre Saint-Pétersbourg et Moscou, et ne reviendra que brièvement en Europe occidentale à la fin des années 1820 pour une dernière tournée en Belgique, France et Italie.
À Saint-Pétersbourg, il devient pianiste-vedette des salons et professeur recherché. Glinka prendra ses cours, plus tard Charles Mayer. Son influence sur la formation pianistique russe est considérable dans la première moitié du XIXe siècle.
Field laisse un catalogue modeste mais d'une importance historique nette. Il a écrit dix-huit Nocturnes, dont les premiers (à partir d'environ 1812) sont les premières pièces pianistiques européennes à porter ce titre dans son acception romantique : forme libre, mélodie d'opéra italianisée à la main droite, accompagnement arpégé à la main gauche. Chopin reprendra le genre quelques années plus tard et le portera plus loin — mais il a toujours reconnu l'antériorité de Field, dont il avait étudié les nocturnes en Pologne, et qu'il appelait son maître pour ce genre précis.
Au-delà des nocturnes, Field a composé sept concertos pour piano (peu joués aujourd'hui mais d'une grande qualité), quatre sonates, des variations, des fantaisies. Son écriture pianistique a fortement influencé l'école russe — Glinka, plus tard Liadov.
Alcoolique notoire, Field traverse les vingt dernières années de sa vie dans une décrépitude progressive. Il meurt à Moscou en janvier 1837, à cinquante-quatre ans, et est inhumé au cimetière Vvedenskoye.