𝄞 Biographie
Leoš Janáček naît en 1854 à Hukvaldy, en Moravie, alors province de l'Empire d'Autriche. Neuvième enfant d'un instituteur de village pauvre, il est envoyé à onze ans comme choriste au couvent augustin de Brno pour assurer son éducation. Brno restera sa ville pendant toute sa vie. Il y étudie l'orgue et la composition, puis enseigne à l'école de chant choral à partir de 1872.
Pendant trente ans, Janáček mène une carrière de pédagogue régional reconnu mais sans rayonnement national. Il fonde en 1881 une école d'orgue à Brno (qui deviendra le Conservatoire de Brno), dirige plusieurs sociétés chorales, écrit des articles sur la musique et le folklore. Cette curiosité folklorique le pousse, comme Bartók plus tard, à collecter et étudier la musique populaire morave et slovaque. Il s'intéresse particulièrement aux inflexions de la parole quotidienne, qu'il transcrit dans des carnets — « mélodies de la parole » — et qu'il utilisera comme matière compositionnelle.
La grande œuvre janáčekienne commence tard, vers 1900-1903, avec l'opéra Jenůfa (commencé 1894, créé à Brno en 1904). L'accueil reste régional jusqu'à la création pragoise de 1916, qui révèle Janáček au public tchèque et bientôt européen. Il a alors soixante-deux ans. Pendant les douze dernières années de sa vie, il compose à un rythme intense ses œuvres majeures : les opéras Káťa Kabanová (1921), La Petite Renarde rusée (1924), L'Affaire Makropoulos (1926), De la maison des morts (1927-1928 inachevé), les Quatuors à cordes (1923 et 1928 dits « Lettres intimes »), la Sinfonietta (1926), la Messe glagolitique (1926), le Concertino pour piano et chambre (1925), et les pièces pour piano qui retiendront notre attention.
Pour le piano seul, le catalogue est court mais essentiel. La sonate « 1.X.1905 » (Da ulici) commémore la mort d'un jeune ouvrier tchèque tué par la police autrichienne ce jour-là à Brno ; Janáček en a brûlé le troisième mouvement après une exécution dont il fut mécontent. Restent deux mouvements d'une intensité sourde. Le cycle Po zarostlém chodníčku (Sur un sentier recouvert, 1900-1911) en deux séries totalisant quinze pièces — pages d'une mélancolie où passe le souvenir de sa fille Olga, morte à vingt-deux ans. Et enfin Dans les brouillards (V mlhách, 1912), quatre pièces tardives elles aussi marquées par le deuil.
Janáček meurt à Ostrava en août 1928, d'une pneumonie attrapée en cherchant son petit-fils perdu dans la forêt. Le retour international à sa musique n'a vraiment commencé que dans les années 1950.