𝄞 Biographie
Stephen Heller naît en 1813 à Pest, en Hongrie, dans une famille juive de marchands. Il étudie le piano à Vienne avec Anton Halm, ami proche de Beethoven et Schubert. À douze ans, il donne déjà des concerts publics, et son père envisage de le faire tourner en Europe comme prodige. Une dépression nerveuse interrompt brutalement cette carrière vers seize ans. Il s'installe alors quelque temps à Augsbourg en convalescence, puis à Paris en 1838, à vingt-cinq ans, où il restera presque cinquante ans jusqu'à sa mort.
À Paris, il vit dans le cercle des compositeurs romantiques. Berlioz, qu'il connaît bien, lui consacre des chroniques élogieuses dans la presse musicale. Schumann lui dédie son Carnaval Op. 9 — geste rare et significatif. Heller publie ses œuvres simultanément à Paris, Leipzig (chez Schumann) et Londres.
Sa production pour piano est presque exclusive. Il a composé près de 160 numéros d'opus, presque tous pour piano seul. On y trouve des recueils pédagogiques très joués dans les écoles : 25 Études Op. 45, 30 Études Op. 46, 25 Études Op. 47 — qui prolongent celles de Burgmüller mais à un niveau plus exigeant. À côté de ces études, des Préludes Op. 81, des Promenades d'un solitaire Op. 78 et Op. 80, des Nuits blanches Op. 82, des Lettres d'album Op. 109.
L'écriture de Heller est élégante, raffinée, souvent intimiste. Elle ressemble plus à Schumann et Mendelssohn qu'à Chopin ou Liszt — il a refusé la virtuosité d'effet qui faisait carrière à Paris. Il vivait modestement de ses leçons et de ses publications, dans un petit appartement parisien, et fréquentait Berlioz, Halévy, Auber, plus tard Bizet.
À la fin de sa vie, il bénéficie d'une rente discrètement organisée par ses amis musiciens. Il meurt à Paris en janvier 1888, dans l'oubli relatif. Schumann avait écrit de lui qu'il était l'un des trois compositeurs vivants les plus originaux pour le piano. La phrase mérite qu'on l'écoute à nouveau.