Arthur Rubinstein, RCA 1965. La version chopinienne par excellence. Rubinstein joue avec une simplicité désarmante. Pas de chichi, pas d'effets. Le chant parle directement. Pour comprendre la pièce, écoutez Rubinstein avant tout autre. Rubinstein a enregistré cette pièce plusieurs fois (1937, 1949, 1965). Préférez la version de 1965, plus mature, plus apaisée.
Vladimir Horowitz, RCA 1957. Le contraire de Rubinstein. Horowitz pousse les rubatos, ralentit dans des endroits inattendus, ajoute des ornements qu'il invente. C'est divisif. Personnellement, je préfère Rubinstein, mais Horowitz vous montre les limites du chopinien libre. Précieux à étudier. Horowitz disait dans une interview de 1986 qu'il jouait le nocturne « comme s'il était écrit pour soprano colorature ». L'image est belle.
Maurizio Pollini, DG 1968. Le modernisme italien. Pollini joue net, structuré, sans excès. C'est moins « romantique » que Rubinstein, mais d'une clarté formelle exceptionnelle. Bonne version pour travailler la propreté. Pollini gagne le Concours Chopin en 1960 à 18 ans. Son rapport à Chopin est marqué par cette précocité — une rigueur d'abord, un romantisme ensuite.
Krystian Zimerman, DG 1999. Un Polonais qui joue Chopin avec une sensibilité contemporaine. Le toucher est sophistiqué, les nuances finement graduées. Pour entendre ce que le XXIe siècle peut apporter au chopinien. Zimerman est probablement le pianiste vivant qui se rapproche le plus de l'esthétique chopinienne idéale, à mon sens.
Bonus si vous trouvez : Dinu Lipatti, EMI 1948, dans son intégrale Chopin. C'est l'une des plus belles versions enregistrées, par un pianiste roumain mort à 33 ans en 1950. Touchant, profond, économe. Lipatti avait une maladie incurable (lymphome de Hodgkin) quand il enregistre ces nocturnes. Cette conscience de la mort imminente donne à son jeu une qualité de gravité qu'aucun autre pianiste n'a égalée. Si vous ne deviez écouter qu'une version, ce serait peut-être celle-là.
Et plus récent : Yundi Li, DG 2010. Plus controversé, plus médiatique, mais techniquement irréprochable. À écouter pour comparer avec les versions historiques. Yundi a remporté le Concours Chopin en 2000.