Wilhelm Kempff, DG 1965. La version humaniste. Kempff joue avec une simplicité presque enfantine, sans pathos, sans effets. C'est touchant parce que c'est nu. Tempo 50. À écouter en premier. Kempff a enregistré la sonate trois fois pour DG (1936, 1956, 1965). La version 1965 est la plus apaisée, la plus mature. C'est celle qu'il faut connaître.
Wilhelm Backhaus, Decca 1958. L'école viennoise. Backhaus a connu Brahms quand il était enfant, il porte une tradition directe du XIXe siècle. Son adagio est rigoureux, presque sévère, et magnifiquement architecturé. Backhaus n'ajoute rien à la partition, ce qui est rare et précieux.
Daniel Barenboim, EMI 1970. La version chantée. Barenboim met l'accent sur la mélodie, sur les longues lignes, sur le legato. C'est plus lyrique que Kempff. À écouter en deuxième. Barenboim a réenregistré la sonate plusieurs fois (DG 1984, 2006). Ses versions plus tardives sont plus libres mais moins fraîches. Préférez celle de 1970.
Maurizio Pollini, DG 1992. La modernité italienne. Pollini joue clair, structuré, sans rubato. Pédale nette. C'est l'anti-Kempff, et c'est très instructif pour comprendre l'autre versant de l'interprétation. Pollini a remporté le Concours Chopin en 1960, mais il s'est imposé ensuite comme l'un des plus grands beethovéniens du XXe siècle. Son cycle complet des sonates chez DG est une référence.
Grigory Sokolov, Opus 111 2003. Le contemporain de référence. Sokolov étire le tempo presque insupportablement par moments, puis accélère subtilement. Son rubato est unique. À écouter quand vous tenez bien la pièce, pour entendre ce qu'un grand pianiste peut en faire. Sokolov est sans doute le pianiste vivant qui interroge le plus profondément Beethoven. Ses concerts en direct sont irremplaçables.
Bonus si vous trouvez : Claudio Arrau, Philips 1985, à la fin de sa vie. Tempo très lent (46), profondeur métaphysique. Pas pour tous les jours, mais inoubliable. Arrau jouait Beethoven avec une lenteur philosophique qui en dérange certains. Mais pour cette pièce précisément, sa lenteur convient.
Et pour les puristes : Artur Schnabel, EMI 1932-1935, dans son intégrale historique. Schnabel a été le premier pianiste à enregistrer l'intégralité des sonates de Beethoven. Son Adagio sostenuto est plus rapide que les versions modernes (autour de 60), mais d'une intensité dramatique unique. Le son est ancien (78 tours remastérisés), mais l'interprétation est éternelle.